Août 1914.
Ce jour là, il faisait beau temps. La moisson s’achevait.
Mais une peur indéfinissable avait envahit les gens le Linsmeau en particulier
et les belges en général. Depuis le 4 août 1814, les troupes allemandes avaient
envahi la Belgique et sous la forte pression des forces teutonnes, les troupes
belges devaient reculer. Le 9 au soir et le 10 au matin l’ennemi était signalé
partout dans les environs de Linsmeau. Les derniers soldats belges, constituant
l’arrière-garde de notre petite armée, tentaient encore de s’échapper entre les
lignes allemandes et de faire diversion. C’est ainsi qu’un sergent belge se
tenait à couvert dans les « pirrées » non loin
de la chaussée Tirlemont-Hannut,
tenant celle-ci en enfilade. Un officier allemand à cheval s’avance seul sur la
même chaussée. Lorsqu’il se trouve en face de ce qui allait devenir ma maison
(je dis cela pour ceux qui me connaissent bien), l’officier allemande,
apercevant le sergent belge, à une centaine de mètres de lui, met pied à terre
et lui intime l’ordre de se rendre. Le sergent belge n’écoutant que son devoir,
tire et abat l’officier allemand puis s’enfuit vers
l’arrière.
Plus tard, le garde-champêtre de Linsmeau, Jean Baptiste
Debotze, désireux lui aussi d’accomplir son devoir se rend sur les lieux avec
quelques habitants du village, en vue de donner une sépulture à cet officier. Le
garde-champêtre, sabre au clair rend les honneurs à l’officier mort. Entre
temps, un ou plusieurs pillards, profitant que les lieux étaient déserts,
avaient déjà dévalisé l’officier. Ils lui avaient pris ses bottes, ses bijoux et
certains objets personnels. A quelques centaines de mètres de là, dans un bois,
qui existe toujours, une avant-garde de uhlans venait d’arriver et de se
dissimuler dans le bois. De là, ils avaient pu observer le déroulement de la fin
de ces événements. Les ulhans voulurent dès lors venger leur officier. Ils
encerclèrent et capturèrent le groupe du garde-champêtre et se rendirent avec
leur prisonnier dans le village.
Léopod Desirant, ouvrier agricole âgé de 64 ans est
fusillé dans la cour de sa maison. La ferme « Katel » est incendiée et ses
occupants, Lucien Joniaux, 47 ans et son épouse caroline Neerdael, 62 ans sont
égorgés et jetés dans les flammes sous les yeux de leur fils. Les uhlans
envahissent la maison de Constant Bourguignon et y massacrent Xavier Henrioulle,
40 ans, maçons et Eugène Kaisin, 40 ans également. Pendant ce temps, le groupe
du garde-champêtre arrive à coup de crosse et de baïonnettes sur la place du
village. Là un captif, Victor Léonard tente de s’échapper, mais il est abattu.
D’autres fermes et maisons dont incendiées.
Minsart, le bourgmestre de l’époque racontera : « Les
Allemands firent preuve d’un cynisme épouvantable. Ils demandaient aux habitants
s’ils avaient déjà été en aéroplane et, les faisant passer devant la gueule des
mitrailleuses, leur disaient que dans un instant, ils allaient s’envoler dans
l’espace. Puis ils les mettaient en joue avec leur revolver et tiraient de façon
à ce que la balle effleurât la tête emportât les oreilles ». Durant toute cette
ignoble scène, un officier allemand répétait continuellement en Français : « ils
faut les fusiller tous, c’est la loi ». Le bourgmestre continue : « Les brutes
lâchèrent enfin les malheureux, sauf une dizaine d’habitants, dont le
garde-champêtre. Ils attachèrent ces derniers à leurs mitrailleuses, les mains
en croix. Quelques-uns ne pouvant suivre furent attachés par les pieds, la tête
heurtant le pavé.
Le 13 août, un cultivateur du village se rend à son champ
pour voir si ses cultures n’ont pas subi trop de dégâts. Il aperçoit un pied
émergeant d’une terre fraîchement remué. Il a l’horrible pressentiment que ses
concitoyens sont enterrés à cet endroit. Il fait appel aux autorités locales, on
dégage les terres et on découvre un véritable charnier contenant douze corps
affreusement mutilés. Il s’agit de : Constant Bourguignon, 50 ans, cultivateurs
et de ses deux fils, Jules, 28 ans, maçon et François, 18 ans, cultivateur,
Joseph Caubergs, 18 ans, ouvrier briquetier de Neerheylissem, Jean Baptiste
Debotz, 59 ans, garde-champêtre, Edouard Dothée, 36 ans, cultivateur, Antoine
Etienne, 28 ans, maçon, Joseph Joniaux, 25 ans, maçon, fils des personnes jetées
dans l’incendie de leur ferme, Louis Mouillard, 28 ans, maçon, Henri Paeschen,
33 ans cordonnier, Léon Tirriard 22 ans maçon et Isidore Triffaux, 27 ans.
Linsmeau était entré bien tristement dans
l’histoire.
Instruction publique.
Déjà sous l’ancien régime, Linsmeau avait son école
dirigée par le clerc-marguillier désigné par l’abbé d’Heylissem. Il bénéficiait
d’un traitement en nature et en espèce. En nature il recevait 12 setiers de blé
pour faire classe et 6 setiers de blé pour s’occuper de l’horloge. Il
bénéficiait de 15 florins en espèce pour dispenser ses cours auxquels venaient
s’ajouter un casuel pour différentes prestations à l’église (messes, baptêmes,
mariages, …)
Avec la révolution française l’instruction cléricale,
telle qu’elle avait été conçue antérieurement fut supprimée et ce n’est qu’en
1843 qu’un instituteur, un dénommé Lacroix, fut désigné pour Linsmeau mais
aussitôt transféré dans le village proche de Noduwez. Il fallut attendre 1846,
pour assister à une réouverture de l’école par la maître Désirant qui donnait
cours à une quarantaine d’élèves.
Jean DELANDE.